
Paris, 26 mai 2026 – Fatigue, perte de visibilité, surcharge administrative : la 12e édition du baromètre ARTIsanté réalisée par la CAPEB et l’IRIS-ST, avec le concours de la CNATP, confirme une dégradation inédite de l’état de santé et des conditions d’exercice des chefs d’entreprise artisanale, asphyxiés par un contexte économique particulièrement défavorable.
Ce baromètre, mené auprès de 2 491 répondants, dresse un constat sans appel : après dix trimestres consécutifs de recul de l’activité, les artisans du bâtiment font état de fragilités économiques et humaines préoccupantes.
Ces résultats sont d’autant plus alarmants qu’ils mettent en évidence une réalité qui était déjà celle des chefs d’entreprise artisanale avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, puisque le baromètre a été réalisé sur une période allant de décembre 2025 à janvier 2026. Depuis le début de la guerre en Iran, les témoignages d’artisans du bâtiment quant à leur détresse face à cette « crise de trop », qu’ils ne sont plus en capacité d’absorber, sont légion.
Un moral en net recul, révélateur d’une crise durable
Ce baromètre met en évidence, de manière très concrète, les conséquences psychologiques générées par deux années de recul d’activité.
De moins en moins de chefs d’entreprise se déclarent optimistes vis-à-vis de l’avenir de leur entreprise. Ils sont 38 % à l’être, soit 3 points de moins qu’en 2024, tandis que 28 % déclarent ne pas être en mesure de se prononcer et 33 % font part de leur pessimisme.
Leur état d’esprit se dégrade également, révélant une baisse inédite de motivation et de confiance. Ils sont 16 % à se déclarer motivés (contre 23 % en 2024), 16 % à se dire confiants (contre 22 % en 2024), et 35 % à faire part de leur inquiétude. Des constats similaires apparaissent lorsque l’on interroge les conjoints.
43 % des artisans interrogés déclarent avoir été en difficulté psychique au cours de l’année 2025.
Ces résultats traduisent une difficulté de plus en plus manifeste à se projeter dans un contexte économique instable et peu lisible, alors que leur activité est mise à mal un peu plus chaque année. 33 % des répondants indiquent que leur activité a ralenti, et une part significative estime que la pérennité de leur entreprise est désormais menacée.
Une fatigue structurelle qui s’installe
L’un des enseignements majeurs de cette édition 2025 est l’installation d’une fatigue profonde et généralisée. 54 % des chefs d’entreprise se sentent assez, voire très fatigués, soit 4 points de plus qu’en 2024.
Les causes sont multiples.
En 2025, leur charge de travail a été particulièrement forte, amenant 48 % des répondants à travailler régulièrement, parfois même tous les week-ends. 63 % des répondants déclarent également consulter leurs mails quotidiennement durant leurs congés, dans un contexte où 27 % prennent au maximum deux semaines de congés.
Travail durant les jours de repos, absence de déconnexion pendant les congés : le baromètre révèle que 77 % des chefs d’entreprise ont le sentiment que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée.
Le stress constitue également un facteur de fatigue. Plus d’un artisan sur deux se dit stressé, en raison de la charge de travail, du poids des responsabilités, de l’administratif et du manque de visibilité sur l’avenir, sans compter l’instabilité politique.
L’ensemble de ces facteurs fait que 87 % des chefs d’entreprise perçoivent leur travail comme exigeant mentalement.
L’impact sur le sommeil est notable : 49 % des artisans se réveillent au milieu de la nuit et ont du mal à se rendormir, 24 % déclarent avoir du mal à s’endormir, et 40 % se réveillent tôt le matin sans parvenir à se rendormir.
Ces indicateurs témoignent d’un engagement toujours plus important des artisans du bâtiment, qui s’opère au détriment de leur repos et de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Une passion du métier qui résiste, malgré tout
Malgré ce contexte difficile, le baromètre Artisanté 2025 révèle un attachement toujours fort au métier : 66 % des artisans se déclarent totalement épanouis dans leur métier et 58 % dans leur rôle de chef d’entreprise.
Une donnée clé qui souligne la résilience du secteur, mais aussi ses limites face à l’accumulation des contraintes.
Un signal d’alerte pour l’ensemble de la filière
Au-delà des chiffres, ce baromètre constitue un véritable signal d’alerte. Il met en évidence une fragilisation psychologique des femmes et des hommes à la tête d’entreprises artisanales, dont le rôle essentiel à l’économie locale et à la vitalité des territoires n’est plus à démontrer.
Dans un contexte économique et international particulièrement rude, les artisans expriment un besoin urgent de visibilité, de simplification et de reconnaissance.
Dans l’attente de réponses fortes du Gouvernement, la CAPEB agit
Face aux constats alarmants que met en évidence ce baromètre, la CAPEB travaille, en collaboration avec l’IRIS-ST, à apporter des réponses très concrètes à ses adhérents, à commencer par l’élaboration d’une boîte à outils pour accompagner la prise en main de leur santé mentale.
Il s’agit également d’actions de sensibilisation et de l’organisation de temps d’échanges avec des médecins spécialisés, identifiés par l’observatoire métier de PRO BTP, avec lequel la CAPEB est en partenariat.
À ce titre, la CAPEB profitera des Rencontres des Métiers du Bâtiment by CAPEB, événement incontournable du secteur qui se tiendra du 24 au 26 juin prochain à Marseille, pour proposer aux 2 000 participants un temps d’échange avec un spécialiste des troubles du sommeil, tant cette problématique est forte chez les artisans et préoccupante pour leur santé.
« En tant qu’organisation professionnelle responsable, la CAPEB prend toute la mesure des cris d’alerte que ses adhérents ont exprimés dans le cadre de ce baromètre et, plus largement, depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Fidèle à ses valeurs, la CAPEB entreprendra toutes les actions nécessaires pour éviter que la situation n’évolue vers un épuisement professionnel généralisé. Le Gouvernement doit également se montrer responsable et apporter au secteur les réponses qu’il attend. Il n’est pas acceptable de laisser tant d’entreprises, essentielles à la vitalité de notre pays, sombrer davantage. » Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.
